Toutes les actualités
Centre IAMELESATCérémonie

Centre IAMELE : lorsque l'espérance prend racine

Le 30 juillet 2026, à Qanono, l'APAHL a célébré la plantation symbolique du pin colonnaire marquant le lancement du futur Centre IAMELE intégralement financé par la Mission interministérielle de Nouvelle-Calédonie.

L
L'équipe

Le 30 juillet 2026, à Qanono (Lifou), l’APAHL a marqué une étape décisive : la plantation symbolique d’un pin colonnaire sur le futur site du Centre IAMELE. Entouré des autorités coutumières, institutionnelles et de nombreux partenaires, le président de l’APAHL, Jean-Marie WANANIJE, a prononcé un discours retraçant les vingt-quatre années qui ont mené à ce jour — et annonçant une nouvelle attendue depuis longtemps : la Mission interministérielle de Nouvelle-Calédonie a décidé d’assurer le financement total de la construction du Centre IAMELE.

Nous publions ici l’intégralité de son discours.


Discours du président de l’APAHL, Jean-Marie WANANIJE

Prononcé à l’occasion de la plantation du pin colonnaire, à Qanono, Lifou, le 30 juillet 2026.

Aux Grands Chefs des districts de Gaïca, Wetr et Lössi, aux Petits Chefs de Qanono, Hnase, Luecila et Hnapalu, à Monsieur le Chef de Clan Wasisie Kapua, à Messieurs les Présidents des Conseils d’Aires coutumières de Drehu, de Nengone et de Iaai, à Monsieur Decludt, Directeur de la Mission interministérielle de Nouvelle-Calédonie, à Monsieur Jules Hmaloko, Commissaire délégué de la République pour les Îles Loyauté, à Monsieur le représentant du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, à Monsieur Bolo, représentant le Président de la Province des Îles, à Monsieur le Maire de Lifou, à Messieurs les Maires d’Ouvéa et de Maré, à Mesdames et Messieurs les élus, à Madame Reine Hue, Présidente d’honneur de l’APAHL, à Monsieur Jean Saussay, Président du Collectif Handicap de Nouvelle-Calédonie, à Monsieur Jean-Marc Thihmana, aux administrateurs de l’APAHL, aux professionnels, aux familles, aux enfants, Mesdames, Messieurs,

Il existe des journées que l’on inscrit dans un calendrier. Et il en existe d’autres qui s’inscrivent dans l’histoire d’un peuple, d’une communauté et sur plusieurs générations. Cette journée d’aujourd’hui est de celles-là.

Aujourd’hui, nous ne venons pas simplement planter un arbre. Nous venons planter un signe. Un signe qui parlera encore lorsque nous ne serons plus là.

Une histoire née d’une souffrance

Mais avant de parler de cet arbre, il faut se souvenir pourquoi il est ici. Tout a commencé par une souffrance. Il y a vingt-quatre ans, des parents de Lifou vivaient une même épreuve. Lorsqu’un enfant naissait avec un handicap, une question revenait sans cesse : que va devenir notre enfant ? Et bien souvent, la réponse était douloureuse : il fallait quitter son île, quitter sa tribu, quitter sa famille, quitter une partie de son identité.

Je connais cette douleur, parce que je l’ai vécue, comme beaucoup d’autres parents. Nous savons ce que signifie préparer une valise en laissant derrière soi une terre, des anciens, une famille, parce que l’on veut simplement offrir un avenir à son enfant.

Cette souffrance, personne ne l’avait choisie. Mais certains ont choisi de ne pas la laisser devenir une fatalité. C’est ainsi qu’est née l’APAHL. Non pas d’un projet administratif. Non pas d’un programme. Mais d’un cri de parents devenu une espérance. Une espérance qui disait simplement : « Un jour, nos enfants auront leur place ici, sur leur terre. »

Pendant vingt-quatre années, cette espérance a grandi grâce à des femmes, à des hommes, à des bénévoles, à des professionnels, à des partenaires, à des institutions. Chacun a apporté quelque chose : du temps, de l’énergie, des compétences, de la confiance. Aujourd’hui, nous leur devons notre reconnaissance.

Remerciements

D’abord, une sincère et profonde émotion à mon épouse, Madame Wananije Wadrema, première Présidente de l’APAHL. Aux côtés des familles, elle a contribué à faire naître cette association alors que tout restait à construire.

Je voudrais rendre un hommage particulier à Madame Reine Hue. Votre engagement a ouvert des chemins. Vous avez porté cette cause avec conviction. Vous avez permis que beaucoup continuent d’y croire lorsque le chemin semblait encore très long. Recevez aujourd’hui toute notre gratitude.

Je veux également saluer Monsieur Ngazo Ngazo et Madame Drelane Thomas, qui ont assuré successivement la présidence de notre association. Chacun, à son époque, a porté ce projet avec fidélité. Chacun a transmis le relais au suivant. Et grâce à cette chaîne de confiance, l’espérance ne s’est jamais éteinte.

Je souhaite également exprimer toute notre reconnaissance à Madame Marie-Claire Pham, Directrice de l’APAHL. Au-delà de la gestion quotidienne de notre association, vous avez su fédérer les équipes, accompagner les professionnels, structurer les services et transformer une vision en une organisation capable de répondre aux besoins des familles. Votre engagement discret, constant et exigeant a largement contribué à faire grandir cette œuvre. Recevez aujourd’hui notre profonde gratitude.

Cette aventure dépasse aujourd’hui les frontières de Lifou. Elle vit également grâce à celles et ceux qui œuvrent chaque jour sur les autres îles. Je voudrais adresser une pensée particulière à Mesdames Irène Trimari et Elodie Pimé, coordinatrices de terrain pour l’APAHL à Maré, à toute leur équipe, aux enfants qu’elles accompagnent, aux parents qui leur font confiance. Merci de faire vivre cette même espérance auprès des familles de Maré.

Je souhaite également saluer Monsieur Jean-Louis Konghouleux, coordinateur de terrain pour l’APAHL à Iaai, son équipe, les enfants, les familles. Merci de porter, à Ouvéa, les mêmes valeurs de proximité, d’écoute et de dignité. Grâce à vous, le Centre IAMELE n’est pas seulement un projet pour Lifou. Il devient une espérance partagée dans l’ensemble des Îles Loyauté.

Je souhaite également saluer Monsieur Jean Saussay, Président du Collectif Handicap de Nouvelle-Calédonie. Vous avez défendu ce projet auprès des institutions. Vous avez porté cette espérance au plus haut niveau. Votre soutien a permis que ce rêve franchisse des étapes décisives. Merci.

Je veux également remercier Monsieur Jules Hmaloko, Commissaire de la République pour les Îles Loyauté. Vous êtes, vous aussi, un enfant de Lifou. Votre présence aujourd’hui est profondément symbolique. Elle rappelle que lorsque des femmes et des hommes s’unissent autour d’une cause juste, les institutions peuvent devenir des partenaires d’une espérance. Merci de marcher aujourd’hui à nos côtés.

Je remercie également le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la Province des Îles Loyauté, les trois communes des îles, les partenaires — la DACAS, les trois CCAS des îles — les équipes, et tous ceux qui, depuis tant d’années, ont cru en cette œuvre. Aucune œuvre durable ne peut s’enraciner sur cette terre sans le soutien et la confiance des autorités coutumières. Nous vous remercions d’avoir accompagné ce projet avec bienveillance et confiance.

Je voudrais maintenant évoquer deux hommes, deux architectes, deux enfants de Lifou. Ils ont choisi d’offrir bénévolement les premiers plans de ce Centre. Ils n’ont pas simplement dessiné un bâtiment : ils ont donné une forme à notre espérance.

Aujourd’hui, nous avons également une pensée émue pour Monsieur Ameko Marcel Melemë, qui nous a quittés. Son absence nous touche encore. Mais aujourd’hui, il est présent autrement : son trait de crayon demeure. Chaque mur qui s’élèvera, chaque pièce qui accueillera un enfant, chaque sourire qui naîtra dans ce Centre, portera aussi quelque chose de son œuvre. Parce que certains hommes continuent de bâtir, longtemps après leur départ.

Je voudrais également adresser toute notre reconnaissance à Monsieur Jean-Marc Thihmana. Après le départ de son confrère, vous auriez pu considérer que votre mission s’arrêtait là. Mais vous avez choisi de continuer. Vous avez poursuivi, avec fidélité et générosité, le travail engagé au sein de MMV Architecture. Vous avez veillé à ce que ce projet ne perde jamais son âme. Vous avez accompagné cette œuvre avec la même exigence, le même professionnalisme et la même confiance. En poursuivant ce trait de crayon, vous avez fait bien plus que suivre un plan : vous avez honoré la mémoire d’un ami, tout en permettant à son œuvre de continuer à servir la vie. Au nom de toutes les familles, Oleti.

Le financement total obtenu

Pendant longtemps, ce Centre a été une espérance. Une espérance portée par des familles. Une espérance dessinée par des architectes. Une espérance défendue auprès des institutions. Mais vient toujours un moment où une espérance doit rencontrer une décision — une décision capable de transformer un rêve en réalité.

Je voudrais adresser une reconnaissance toute particulière au Directeur de la Mission interministérielle de Nouvelle-Calédonie. Parce qu’il existe des décisions qui changent durablement la vie des femmes et des hommes sur un territoire, celle-ci en fait partie. En décidant d’assurer le financement total du Centre IAMELE, la Mission interministérielle n’a pas seulement financé un chantier. Elle a rendu possible une espérance portée depuis plus de vingt ans.

Sans cette décision, nous serions peut-être encore en train de parler d’un projet. Aujourd’hui, nous parlons d’une réalité. Et demain, nous parlerons d’une maison remplie de vie.

Au nom des familles, des enfants, de toutes les personnes qui bénéficieront demain de ce Centre IAMELE, merci.

Trois arbres, trois îles, une même espérance

Aujourd’hui, nous ne plantons pas le premier arbre de cette histoire. Le premier arbre n’a pas été planté dans cette terre. Il a été planté, il y a vingt-quatre ans, dans le cœur de quelques parents.

Aujourd’hui, cette espérance prend racine sur cette terre, sous la forme d’un pin colonnaire. Le pin colonnaire accompagne depuis toujours notre horizon. Il grandit lentement. Il s’enracine profondément. Il résiste aux vents. Il traverse les générations. Comme les valeurs que nous voulons transmettre.

Et bientôt, à ses côtés, un santal sera planté par les enfants de Maré, puis un cocotier par les enfants d’Ouvéa. Trois arbres. Trois îles. Une même espérance. Ces arbres grandiront ensemble, comme nous souhaitons voir grandir notre solidarité entre les Îles Loyauté.

Le Centre porte un nom : IAMELE. En Drehu, cela veut dire « Qui Donne Vie ». Quel plus beau nom pouvions-nous choisir, pour les personnes et pour les familles, que celui qui donne espoir ?

Parce que ce Centre n’a pas été imaginé pour rappeler une fragilité. Il a été imaginé pour révéler une richesse. Il n’a pas été créé pour mettre des personnes en situation de handicap à l’écart. Il a été créé pour qu’elles prennent pleinement leur place dans la vie de notre communauté.

Une chaîne humaine

Le Centre IAMELE n’est pas né d’une décision administrative. Il est né bien avant, dans le cœur de quelques parents. Il est né de femmes et d’hommes qui ont offert une part d’eux-mêmes. Certains ont donné leur temps. D’autres leur énergie. D’autres leur intelligence. D’autres encore leur trait de crayon. Certains nous ont quittés, mais leur héritage continue de vivre dans cette œuvre commune.

Aujourd’hui, si nous regardons derrière nous, nous ne voyons pas une succession de présidents, de directeurs ou de partenaires. Nous voyons une chaîne humaine. Une chaîne où chacun a porté un peu plus loin le rêve commencé par quelques parents. Aucun d’entre eux n’aurait pu accomplir cette œuvre seul. Mais ensemble, ils ont rendu possible ce que beaucoup pensaient impossible.

Conclusion

Peut-être qu’un jour, dans cinquante ans, un enfant viendra jouer sous l’ombre de ce pin. Il demandera : « Qui l’a planté ? » Alors quelqu’un lui répondra peut-être : « Ce ne sont pas seulement des mains qui l’ont planté. Ce sont des cœurs qui ont refusé d’abandonner. Des parents qui ont transformé leur souffrance en espérance. Et une communauté qui a choisi de faire grandir cette espérance ensemble. »

Que ce pin demeure le témoin vivant de cette promesse. Qu’il rappelle à chaque génération que les plus belles œuvres naissent toujours d’un acte de générosité. Que ce pin grandisse. Que le Centre IAMELE grandisse avec lui. Que les enfants grandissent aussi avec lui. Et que jamais ne s’éteigne l’espérance qui les a vus naître.

Oleti.

À lire aussi

Autres actualités

Toutes les actualités
annonceassociation

Bienvenue sur notre nouveau site !

Notre association fait peau neuve avec un site internet modernisé pour mieux vous informer de nos activités.

L
L'équipe